LE JAPON A L'HONNEUR

La Biennale de Tinchebray est maintenant bien inscrite dans la vie culturelle normande, son rayonnement dépassant les limites du département. Dotée d'une série de prix encourageants pour les artistes, elle s'ouvre à de nombreuses expressions stylistiques, s'efforçant de mettre en lumière une grande variété de supports et de démarches, tant sur le plan esthétique que technique, évitant autant que possible toute tentation de confinement. Le jury réuni pour la circonstance conjugue tout à la fois la compétence et l'objectivité de ses choix attendu qu'il est extérieur à l'équipe organisatrice. Ce détail a son importance quant à la totale liberté des votes comportant souvent plusieurs tours et suscitant des discussions fréquemment passionnantes.

Chaque édition de la biennale présente la singularité d'inviter deux artistes issus d'un pays extérieur, un peintre et un sculpteur. Cette année, c'est vers le Japon que se tourneront les regards à travers les oeuvres de Maître AKEJI, artiste peintre et calligraphe, inscrit, de par cette double formation, dans la grande tradition nipponne, et Tetsuo HARADA, artiste sculpteur, qui nous fera découvrir un univers original impressionnant. Le fait d'accueillir deux artistes japonais nous touche tout particulièrement. le double drame que ce pays a subi l'an dernier a laissé des blessures profondes dont nous avons, dans notre coeur, ressenti l'effet douloureux. Je le dis avec d'autant plus de force que j'admire profondément cette culture qui a légué à l'occident l'art suprême du haïku, ce poème de trois lignes et de dix-sept vers célébrant la fraîcheur de l'instant.

Venus d'horizons très ouverts, les peintres et les sculpteurs qui nous honorent de leur présence sont, pour nombre d'eux, déjà connus et appréciés pour leurs travaux. Un grand nombre incarne à nos yeux l'élan qui porte l'homme à se dépasser, à explorer des chemins toujours nouveaux, voire insolites. Ce qui fait de la Biennale une fête tient aussi à l'esprit qui l'anime et qu'incarne Michel Tison, magnifiquement relayé par l'équipe qui l'entoure. Si nos institutions font une large place à l'art, le travail des associations contribue pour une bonne part à la découverte des talents, pas toujours soutenus par les instances plus officielles. A chacun sa part de la quête, à chacun son initiative. L'histoire a parfois démontré des lacunes dans le jugement des "experts", qui ne cautionnent souvent que ceux qui n'en ont plus besoin, laissant des pans entiers de création en friche, en déshérence. En art, nul ne saurait détenir à soi seul la vérité. C'est par une saine curiosité et une sincère humilité que l'on parvient à découvrir quelques perles au milieu des sables. Longue vie donc à la Biennale de Tinchebray et puisse cette édition voir émerger et s'imposer de nouveaux noms!

Luis PORQUET